Sunday, May 30, 2010

La fête des mères en France et dans les anciennes colonies de MENA


*English translation follows, in the next post.

Aujourd’hui, le dernier dimanche du moi de mai, est la Fête des mères dans le monde francophone, en France et aux anciennes colonies telles l’Algérie, le Maroc, et la Tunisie, la Côte d’Ivoire, l’ Haïti, l’Île Maurice, le Madagascar, et le Sénégal, ainsi qu’à Monaco.

Si dans le monde anglophone la Fête des mères s’associe quant à ses origines modernes à la commercialisation des sentiments et aux ventes de cadeaux et de cartes, la Fête des mères dans le monde francophone découle du projet nataliste commencé au 19ème siècle, où ne sont fêtées que les mères de familles nombreuses. Il s’agissait de la promotion de la fécondité par des hommes, qu’ils soient pères, prêtres, ou politiciens. Pourtant cette fête qui lutte contre un taux de natalité en décroissance, ne se répand pas malgré d’efforts assidus, et de divers changements de date, à commencer par le 15 août, 1919, jour de l’Assomption de la Vierge Marie, et à finir par le 9 mai, jour à partir de 1920 de la remise de la médaille de la famille française, "La récompense du haut mérite maternel”.

Car ce n’est qu’avec l’urgence du repeuplement de la France après  "La Grande Guerre" de 1914-1918 (et la grippe de 1919) que La fête des mère prenne une ampleur nationale. Ensuite, la débâcle de l’Occupation de la France en 1940, et l’instauration du Régime Vichy voit la naissance de La fête des mères institutionnalisée au niveau des devoirs de l’enseignement publique, et de la loi nationale.


 La fête des mères telle que présentée par le Maréchal Pétain devient, à la place d’une célébration de mères de famille nombreuses et de leurs fruits, l’occasion pour les enfants de fêter toutes le mères de la patrie. Dans toutes les écoles, on devait faire apprendre aux enfants le passage suivant:
Ta maman a tout fait pour toi, le Maréchal te demande de l’en remercier gentiment.
Invente la surprise la plus belle que tu pourras, celle qui lui fera le plus grand plaisir.
Offre-lui des fleurs que tu auras cueillies… ou un cadeau que tu auras fabriqué exprès pour elle… Fais-lui un dessin aussi beau que tu pourras… Fais un effort en classe pour rapporter de bonnes notes… Ne te dispute pas avec tes frères et sœurs… Va faire les commissions sans qu’elle te le demande… Aide au ménage en souriant…
Apprends une jolie récitation…
Travail-Famille-Patrie.
Cette nouvelle devise--Travail-Famille-Patrie--venait remplacer sous l’État de France de Vichy la devise de la République Française: Liberté, Égalité, Fraternité. La fête des mères officielle faisait partie intégrale de la réalisation nationale de la deuxième valeur, la famille.  A ces buts, les revues de femmes prônent aussi la fécondité: "Les temps sont révolus où la femme pouvait n’être qu’une poupée maquillée. La débâcle est venue, entraînant la souffrance, et la souffrance nous a appris à nous connaître". (Le journal la Mode, juin 1941)

Vraie campagne publicitaire, voire de la propagande, toutes les médias de l’époque sont engagées afin de "restaurer la famille française" et de propager une certaine image de la mère française:
"Mères françaises, mères chrétiennes, mères héroïques et douces, ô nos saintes mères ! Vous étiez autrefois oubliées par un peuple insouciant qui ne songeait pas à vous rendre un hommage public. Il vous dédommage maintenant. Vous nous avez comblés de gâteries lorsque nous étions enfants : laissez-nous, à notre tour, vous gâter un peu en vous prodiguant les témoignages de notre ardente gratitude. Par la voix joyeuse de vos fils et de vos filles, c’est la France entière qui vous dira merci." (Abbé Thellier de Poncheville, fascicule l’Amour maternel, 1941).

Et voilà, patrie, religion, et reconnaissance publique du travail de la mère devenue la femme idéale et idéalisée.


Bien que la Fête des mères nationale a survécu plus longtemps que le Régime Vichy, l’image de la mère idéale, et encore plus celle de la femme idéale se sont beaucoup compliquées; et ceci, surtout après mai 1968, mois de révolte et de révolution, y compris éventuellement des notions de femme, de mère, et de famille. Libérée par les moeurs et encore plus par l’autorisation de la contraception et de l’avortement, la femme a de plus en plus le choix de devenir mère ou non, de persister dans la vie professionnelle, de prendre un congé maternité, de faire prendre un congé paternité, ou de ne point faire des enfants.


Ceci dit, depuis une vingtaine d’année on retourne vers une image plus traditionnelle de la femme et de la mère, comme le signale la philosophe Élisabeth Badinter, parmi d’autres, dans son ouvrage le plus récent: Le Conflit, la femme et la mère, éditions Flammarion, 2010 . Elle-même est épouse (du politicien Robert Badinter) et mère de 3 enfants, qui n’a jamais cessé son travail de philosophe de Lumières et d’activiste pour un féminisme universel, celui de Simone de Beauvoir, par exemple, et contre le féminisme naturaliste, celui de la femme féconde, épouse dévouée et mère traditionnelle. Le rôle social de la femme est en conflit avec son rôle de mère au sein de la famille.

Selon Badinter, depuis une vingtaine d’années on subit une involution du féminisme, c’est-à-dire, un retour en arrière vers la femme au foyer du féminisme naturaliste, qui ne fait que compliquer encore plus la vie des femmes, et les culpabiliser pour leur propres désirs et réussites, en faveur de la domination par l’enfantement et les tyrannies de l’allaitement quasi-obligatoire et des couches lavables.


Toujours selon Badinter, les préoccupations de l’écologie et du retour vers la nature, sous-tendues par les troubles économiques favorisent un courant au sein du mouvement féministe de valorisation de la mère traditionnelle: la mère qui laisse travailler les hommes au lieu de prendre la place d’un “bon père de famille”, celle qui fait des enfants franco-français qu’elle se dévoue à éduquer.

Et voilà, Travail-Famille-Patrie. Une exagération bien sûr mais qui a pris place dans l’imaginaire:


Alors que l’image est de trop, Sarkozy, déjà de droite, et qui court après le vote encore plus à droite--d’où sa revendication de la loi contre la burqa--celui en tant que Ministre de l’Intérieur qui a laissé brûler “la racaille” en banlieues françaises, celui qui donne des discours au Sénégal et en Algérie qui fêtent la langue et la civilisation françaises venues améliorer les anciennes colonies, ne fait confiance ni aux féministes, ni aux français d’origine non-gaulois.

Et pourtant, si la mère française reste protéger dans ses désirs d’une vie sociale et professionnelle par les moeurs et les lois de la France des Lumières et des existentialistes, par les congés maternité et paternité, par la scolarisation publique dans les maternelles à partir de 3 ans, et par les habitudes de nourrices, et de crèches, qu’en est-il pour la femme dans les anciennes colonies de la France?


À l'époque de Vichy, la France a sauvegardé son empire, dont la décolonisation s'est fait plutôt aux années 50, 60, et 70. Toute règle de Vichy s'appliquait aux colonies aussi, bien que l'application soit en certains cas moins assidue. Les écoles notamment étaient des écoles de l'État Français, ou de l'Église catholique, et pour les français et pour les "indigènes".

Malgré cette influence, et la continuation de la fête des mères au dernier dimanche de mai, la tradition a peu percé chez les arabes et les africains, souvent musulmans, et en tout cas, ayant leurs propres traditions. La globalisation récente a plus fait pour répandre les coutumes des cartes, des gâteaux, et des cadeaux pour la Fête des mères que les exigences des écoles de l'époque avant l'indépendance.


Ceci dit, est-ce que les femmes nord-africaines, et africaines vivent les mêmes conflits que décrit Badinter pour la femme française? Je dirais que oui et non. Celles qui ont une formation scolaire et universitaire françaises et qui vise une carrière chez elles ou à l'étranger ont les mêmes tiraillements que d'autres femmes, françaises ou non, dans la situation de vouloir combiner vie professionnelle et sociale avec la vie de mère de famille. Le système scolaire publique ne commencent souvent qu' à partir de l'âge de 6 ans. Néanmoins, dans le privé on trouve facilement des maternelles. Il y a aussi de nombreuses femmes de la grande famille souvent disponible pour la garde des enfants, y compris des grands-mères jeunes. Femmes de ménages, bonnes (en bas âge ou non), et nourrices sont faciles à trouver et font partie des coutumes dans les familles des classes moyennes et aisées.

Pourtant la pression pour se marier jeune, et faire des enfants tout de suite peut être énorme, et beaucoup plus pesant que dans l'Occident. Si on a la chance de faire un garçon en premier, on s'achète du temps pour le deuxième, mais pas trop. Le taux de natalité parmi les femmes éduquées est inférieur à celui des femmes sans formation universitaire, comme partout, d'ailleurs. Toutefois, choisir de ne point faire d'enfants représente une option encore moins bien vu que dans l'Occident.


Par contre, être mère en Afrique du nord ou du sud du Sahara est beaucoup plus valorisé et valorisant. Les cultures et les sociétés sont beaucoup plus accueillantes aux enfants. Il y en a plus, et on les acceptent beaucoup plus facilement dans des endroits où en Occident on est moins accueillant, dans les avions par exemple. Voyager Air Canada, Air France, ou Royal Air Maroc avec des enfants est tout autre chose, à commencer par les règlements et à finir par la réception à bord des hôtes et hôtesses de l'air, ainsi que des autres passagers.

Il n'empêche que, où que l'on soit le jour de la Fête des mères, on les fête toutes, y compris les tantes, les grands-mères, et les autres qui maternent!


Joyeuses Fêtes des Mères!


Qu'est-ce que vous en pensez de l'histoire de la Fête des mères en France et MENA francophone?
Quelles sont vos impressions des propos de Badinter?
Quelles sont vos impressions des enjeux d'être mère en Occident ou en Orient?
Quelles sont vos expériences de la Fête des mères dans les pays concernés?
D'autres commentaires, réflexions, expériences?


A voir aussi sur La fête des mères:

The Vernal Equinox (Mother’s Day in most MENA countries, March 21)
Mother’s Day 2010--Some Cross-Cultural Family Observations

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