Wednesday, July 14, 2010

Le 14 juillet, 1789, 1790, 1989, 2010: mythes et réalités en France et au MENA


*English version

Cette année le 14 juillet m'a inspiré un survol des années clés de cette fête nationale. Voici donc un résumé de ce qui, associé à cette date, me semblait jaillant.

1789


La prise de la Bastille est l'acte qui le plus symbolise la Révolution Française, et qui donc a subi le plus de réinvention selon les besoins d'une époque, ou de la "nation" en sens de continuité depuis lors. Ainsi les historiens contemporains ont fait un travail de rétablissement des événements, un nettoyage de la mythologie, pour donner un récit détaillé mais simplifié par comparaison avec d'autres plus glorieux.


Pour ceux qui s'intéressent non seulement à l'histoire, mais aussi à la littérature, la philosophie, et même à l'histoire de la sexualité (comme un Foucault), le prisionnier le plus célebres de ceux de la Bastille lors de sa capitulation était le Marquis de Sade (1740-1814). Ce marquis dont le nom est devenu la définition d'une pratique sexuelle et psychologique était à l'époque prisonnier condamné pour empoisonnement et sodomie.

Un profil du marquis, à la vingtaine, par Charles van Loo c.1760

Manuscrit original, sur rouleau de la Bastille, des Cent Vingt Journées de Sodome, de Sade

Le 2 juillet 1789, selon le rapport du gouverneur de la Bastille, le Marquis de Launay: Sade "s'est mis hier à midi à sa fenêtre, et a crié de toutes ses forces, et a été entendu de tout le voisinage et des passants, qu'on égorgeait, qu'on assassinait les prisonniers de la Bastille, et qu'il fallait venir à leur secours", "cet être que rien ne peut réduire". Launay obtient le transfert à Charenton, alors hospice de malades mentaux tenus par les frères de la Charité, mais sans que Sade puisse y emporter quoi que ce soit de ses biens.
Sade: "Plus de cent louis de meubles, six cents volumes dont quelques-uns fort chers et, ce qui est irréparable, quinze volumes de mes ouvrages manuscrits(…) furent mis sous le scellé du commissaire de la Bastille". La perte dans le pillage et la démolition de la Bastille, lui fait couler des "larmes de sang".

Le château familial de La Coste (aujourd'hui Lacoste), au Luberon, pillé à la Révolution, puis vendu

Le donjon du Château de Vincennes où Sade est enfermé en 1777, puis encore de 1778 à 1784, date de son transfert à la Bastille

Asile psychiatrique à Charenton où Sade a fini ses jours, non par maladie mentale, mais sous prétexte d'obsession sexuelle, pour améliorer les conditions de son emprisonnement.

Les colonies à l'époque de la Révolution Française comprenaient celles de la première période de la colonisation française, ou du moins celles qui restaient après la défaite contre les Anglais en 1763:

En bleu clair; perte en 1763 du Canada et de la Louisiane en Amérique du nord, de la Dominique, de Saint-Vincent, de Tobago, et de la Grenade aux Antilles, ainsi que du Sénégal en Afrique

1790

La Fête de la Fédération au Champs de Mars à Paris, le 14 juillet, 1790

Au premier anniversaire de la prise de la Bastille, considérée comme la fin de l'Ancien Régime, une victoire d'une importance symbolique hors mesure de la bataille en soi, on fait la première Fête de la Fédération, devenue en 1880, la Fête nationale. Ainsi, on fête à chaque année non la prise violente de la Bastille, mais l'anniversaire du Nouveau Régime, de la Fédération, et de cette fête en 1790 qu'on a consciemment voulue une fête de la réconciliation et de l'unité. Alors que la Constitution ne serait pas en vigueur jusqu'en septembre 1791, on fait prêter serment à la Constitution, le Général Marquis de La Fayette, capitaine de la Garde Nationale, et intime du roi Louis XVI.

Le serment de La Fayette, 
lors de la première Fête de la Fédération, le 14 juillet, 1790

Le roi Louis XVI fait de même.


Ensuite sa reine, Marie Antoinette, s'élève et soulève le dauphin Louis-Charles (Louis XVII), alors âgé de 5 ans, et prête serment de loyauté de la part de son fils.




100,000 "fédérés" venus des provinces ainsi que de Paris au Champs de Mars, transformé en cirque

Annonce de la messe prononcée par Talleyrand, évêque d'Autan

Avant même l'acte en 1880 qui désigne le 14 juillet  comme Fête nationale officielle, il y en a eu des Fêtes nationales en divers lieux du pays. Certaines traditions persistent: le défilé militaire, le bal populaire, les feux d'artifice.

Fête nationale en 1878, représentation de Claude Monet

Fête nationale du 14 juillet 1880, haut-relief en bronze de Léopold Morice, Monument à la République, Place de la République, Paris, 1883

Bal populaire à Paris, le 14 juillet, 1912

1989

Pour le bicentennaire, la France a fait des efforts extraordinaires et fort bien réussis. Le défilé militaire traditionnel du matin a été suivi le soir par une Parade exceptionnelle, créée par le publicitaire Jean-Paul Goude: La Marseilleise "défilé des tribus" pour la "Liberté, l'Egalité, Fraternité" de tous les peuples, et pour l'union de tous--une extension internationale du crédo de la Révolution Française. Une présentation spéctaculaire à voir sur le site officiel de Goude. Sélectionner "Tout Goude" du menu, et ensuite, "Le Bicentennaire", pour voir les photos des préparatifs suivi de celles de la réalisation. Vaut le détour*****, comme dirait le Guide Michelin.

Le concert de Jean-Michel Jarre à la Défense, prévu pour 1989, tenu en 1990 en faveur de "La Marseillaise" de Goude

Pourtant, tout ne va pas pour le mieux dans le meilleurs des mondes, car la nuit même du 14 juillet, 1989, voit des troubles entre jeunes d'origine Maghrébine et d'autres d'origine Italienne, à Cluse dans la Haute Savoie. Dans le mêlé un jeune d'origine Tunisienne meurt d'un coup de couteau, ce qui déclenche une émeute de centaines de jeunes d'origine maghrébines qui réclament la justice, lapident la mairie, et font des dommages aux voitures, aux magasins, et à la Poste. Une centaine de gendarmes réinstaurent l'ordre. Il s'agit d'une démonstration des inégalités dont parlent certains et qui persistent au pays malgré la fête de l'unicité. Ces inégalités réflètent aussi l'histoire de la colonisation, de la décolonisation, et du post-colonialisme dans les pays de la deuxième période de l'Empire coloniale française.

En bleu royal, les colonies les plus récentes de la Frances, toutes indépendantes depuis les décennies de la décolonisation: les années 50, 60, et 70.

La France maintenant se forme du métropole et les Departements et Territoires d'Outre-Mer, Les DOM-TOM:


Pourtant la France est membre fondateur aussi de l'Union Européenne.


En 2007 on marque comme un passage à une identité plus Européenne que Française, du moins à croire le défilé des troupes militaires des 27 pays de l'Union Européene pour la Fête Nationale.

2007, défilé des 27 pays de l'Union Européenne pour la première fois (Photo: Patrick Peralta)

2010


A l'occasion des 50 ans d'indépendance de 14 colonies françaises, Nicholas Sarkozy a invité les troupes africaines à faire partie du défilé officiel et militaire du 14 juillet, 2010: 400 militaires des pays qui ont été colonies pendant la deuxième période de la colonisation française, et qui ont notammant répondu à l'appel de De Gaulle le 18 juin, 1940 pour résister contre le nazisme après l'occupation de la France. Ayant fortement aidé à libérer la France, ces pays s'attendaient à être libérés en récompense. Puis, faute de libération venant de la France, ils se sont libérés.


Ces militaires, donc, représentants des anciennes forces françaises coloniales ont été invités à faire partir du défilé de la République Française: Cameroun, Burkina Faso, Tchad, Congo, Sénégal, Mali, Togo, République centrafricaine, Bénin, Mauritanie, Gabon, Niger, Côte d'Ivoire, Madagascar. Seul la Côte d'Ivoire a refusé l'invitation. Les chefs d'états des mêmes pays ont été invité à part celui du Madagascar à cause de contretemps avec la France.

Carte interactive chez France 24: les pays francophones sont des anciennes colonies françaises à part la République démocratique du Congo, l'ancien Congo-Belge.

Pourtant, beaucoup de Français se demandent si ces troupes ont leur place parmi ceux qui fêtent la liberté, l'égalité, et la fraternité vu l'histoire de coups d'état militaires, de répression intérieure nationale, et de corruption des chefs de certains états. D'autres se demandent s'il s'agit d'une nostalgie de la France coloniale, voire s'il revient à la France colonisatrice de fèter l'indépendance des ses anciennes colonies. On reproche à la France que cette invitation correspond à l'extension d'une politique néo-colonialiste, résumée sous l'expression de "France-Afrique" ou "FrançAfrique".

Un tirailleur Sénégalais

Quant aux pays anciennes colonies françaises de l'Afrique du Nord, et qui font partie de MENA, ils ont déjà fêtés leur cinqantenaire d'indépendance--Fezzan (1951), Maroc (1956), Tunisie (1956)--à part l'Algérie qui n'a eu son indépendance qu'après une guerre (1954-1962) qui fait écho jusqu'à nos jours, et qui s'est terminée sur les Accords d'Évian (1962). Le défilé du 14 juillet, 2012 risque d'être encore plus contreversé que celui de 2010. Entre "les harkis" et leurs descendants, les immigrés maghrébins, les cités en banlieue de jeunes mal intégrés, et les arrières des anciens des Forces françaises coloniales toujours pas reconnues, on risque encore plus de controverses qu'avec ces fêtes du 14 juillet 2010, et du cinquantenaire de l'indépendances des colonies subsahariennes.

Mais restons au présent et à la célébration d'une république fondée après la Révolution en 1789 sur "Liberté, Égalité, Fraternité" pour tous:


Joyeuse Fête du 14 Juillet 2010!


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