Wednesday, July 14, 2010

Routes d'Arabie: Archéologie et histoire du royaume d'Arabie saoudite au Musée du Louvre du 14-07-2010 au 27-09-2010


*English language post follows.


A partir du 14 juillet, le Louvre présentera une exposition (du 14 juillet au 27 septembre 2010) de 320 pièces d'antiquités Saoudiennes dont deux tiers pré-datent l'Islam. Elles proviennent de différentes régions du pays, et certaines ont bénéficiées des efforts de restauration de l'équipe du Louvre. La plupart proviennent directement des collections du Musée National à Riyadh, du musée archéologique de l'université du roi Saoud, et des musées régionaux. Maintes n'ont jamais été vues par le grand public ni en Occident ni en Arabie Saoudite. L'exposition est la culmination d'une collaboration commencée en 2004 entre le Louvre et la Commission saoudienne pour le Tourisme et les Antiquités. Le roi Abdullah qui était censé participer à l'inauguration officielle le 12 juillet a dû se faire remplacer par son Ministre des Affaires étrangères, le prince Saoud Al Fayçal.

Voici un aperçu à partir des renseignements fournis par le Musée du Louvre.

Expositions thématiques
du 14-07-2010 au 27-09-2010

Routes d'Arabie - Archéologie et histoire du royaume d'Arabie saoudite

Antiquités orientales et Arts de l'Islam

Trois cents œuvres révèlent l’archéologie et l’histoire du royaume d’Arabie saoudite de la préhistoire à l’orée du monde moderne.

Cette exposition propose un périple au cœur de l’Arabie, rythmé par l’évocation photographique des somptueux paysages de la région. Elle est conçue comme une succession d’étapes dans quelques-unes des grandes oasis de la péninsule qui abritèrent, dans l’Antiquité, de puissants États ou devinrent, à partir du VIIème siècle, les lieux saints de l’Islam. Les trois cents œuvres sélectionnées, qui, pour la plupart, n’ont jamais quitté leur pays d’origine, permettent d’esquisser un panorama inédit des différentes cultures qui se sont succédé sur le territoire du royaume d’Arabie saoudite depuis la préhistoire jusqu’à l’orée du monde moderne.

Elles dévoilent en particulier le passé méconnu d’un monde arabe préislamique brillant et prospère, que découvrent peu à peu les fouilles archéologiques. Émouvantes stèles funéraires néolithiques, statues colossales des rois de Lihyan (VIe – IVe siècle avant J.-C.), vaisselle d’argent ou bijoux précieux déposés dans les tombes témoignent du dynamisme de cette civilisation. Malgré des conditions naturelles difficiles, les hommes ont su tirer parti de la position géographique du pays, lieu de passage des routes reliant les rives de l’océan Indien ou les pays de la corne de l’Afrique à l’Egypte, à la Mésopotamie et au monde méditerranéen. Au début du Ier millénaire avant J.-C., ces échanges transarabiques s’intensifient et font la prospérité des cités caravanières, irrigant la culture locale de modes et d’idées nouvelles venues des grands empires voisins.

Le second volet de l’exposition met en évidence le rôle de l’Arabie, berceau de l’Islam. Sur les routes, les pèlerins se mêlent désormais aux marchands. Un premier ensemble évoque ces chemins de pèlerinage et l’une des principales étapes, Al-Rabadha. En suivant cette route jusqu’à La Mecque, un deuxième ensemble présente une sélection de stèles funéraires qui illustre l’évolution de l’écriture et du décor entre le Xe et le XVIe siècle, tout en constituant un témoignage précieux sur la société mekkoise de l’époque. Enfin, les souverains musulmans ont rivalisé de largesses envers les lieux saints : constructions, embellissements divers, comme cette monumentale porte de la Ka’ba au nom d’un sultan ottoman.

Cette exposition bénéficie du soutien de la Fondation Total et d’Al Rubaiyat (Arabie saoudite).

En partenariat avec Thalys.

Commissaire(s) : Béatrice André-Salvini et Françoise Demange, département des Antiquités orientales ; Carine Juvin, département des Arts de l'Islam, musée du Louvre ; Dr Ali Al Ghabban, responsable des musées et de l’archéologie au Haut Comité du tourisme du royaume d’Arabie saoudite.


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Archéologie et histoire du royaume d'Arabie saoudite

Par sa situation géographique en Asie occidentale et l’étendue de son territoire, l’actuel Royaume d’Arabie saoudite abrite dans son sol des vestiges de cultures remontant à la Préhistoire.

Au fil du temps et de l’histoire, elles naissent, croissent et régressent, cédant la place à d’autres cultures et civilisations qui se nourrissent de l’héritage de celles qui les précèdent ou auxquelles elles s’ajoutent. Ce passage de relais se fait le plus souvent au rythme des contacts avec les civilisations voisines de Mésopotamie, d’Iran, d’Egypte, du Levant ou du Yémen, puis avec les grands empires de la fin de l’Antiquité.
Des caravanes de marchands, accompagnées régulièrement d’hommes armés et parfois de scribes, ont de tout temps sillonné l’Arabie d’Est en Ouest et du Nord au Sud. Elles créèrent et suivirent des routes tracées au gré des paysages, entretenant pendant des millénaires le rôle privilégié de la région en tant que carrefour commercial et culturel, au coeur des circuits de l’encens et du commerce des matières précieuses. C’est le long de ces routes que se formèrent les principaux centres habités, qu’ils fussent simple campement d’une tribu ou capitale d’un état.
Cette itinérance le long de parcours bien identifiés a conféré une particularité, une unité à ce pays au peuplement et aux paysages pourtant diversifiés. Elle mit en contact des régions, des tribus, des croyances et des cultures, ouvrant ainsi la voie à l’implantation et la diffusion rapide de l’islam, né dans la région côtière du Hijâz, ouverte à de multiples influences. Les routes de commerce devinrent routes de pèlerinage, reliant les grandes capitales islamiques aux villes saintes de La Mecque et de Médine.

Cette exposition exceptionnelle qui se tient au musée du Louvre du 14 juillet au 27 septembre 2010, s’inscrit dans le cadre de la coopération culturelle entre la France et l’Arabie Saoudite. Réalisée en collaboration avec le Haut Comité du Tourisme et de l’Archéologie d’Arabie Saoudite, elle bénéficie du haut patronage du Roi d’Arabie Saoudite et du Président de la République Française.


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Période Antique - L’Arabie du Nord-est

La Province Orientale : Ve millénaire-début du IIe millénaire av. J.-C.

Dès la plus haute antiquité, des communautés de pêcheurs installées sur les rives du Golfe ont noué des relations commerciales avec la Mésopotamie du sud. Au IIIe millénaire ces liens et ces échanges se développent : l’ile de Tarut a livré une spectaculaire statue d’orant, proche des modèles mésopotamiens ainsi qu’une multitude de fragments de vases de luxe en pierre à décor gravé. Ces vases importés d’Iran oriental étaient vraisemblablement réexpédiés depuis Tarut vers la Mésopotamie ou le monde syrien. Des céramiques originaires de la région de l’Indus ont également été retrouvées sur plusieurs sites de la province orientale L’ensemble de ces découvertes montre que la région était intégrée à la fin du IIIe et au début du IIe millénaire av. J-C. au vaste réseau d’échanges qui reliait par voie maritime à travers le Golfe arabe, le Sud de la Mésopotamie, Bahrayn, la côte des Émirats arabes unis, le Sud-Est de l’Iran et la vallée de l’Indus.

La renaissance de la province orientale

Autour du IVe siècle av J.-C. il semble que l’Arabie orientale ait reçu un afflux de population vraisemblablement originaire de Barheïn comme en témoignent les similitudes entre les productions céramiques ou les pratiques funéraires. La région connait alors une nouvelle période de prospérité, en partie liée à l’intensification des échanges maritimes dans le Golfe. Les auteurs classiques se font l’écho de l’opulence d’une antique cité caravanière, Gerrha, dont les habitants vivaient dans des maisons aux murs incrustés de perles, recouverts d’or et d’ivoire… On ignore l’emplacement précis de Gerrha mais elle pourrait être identifiée avec Thaj, le site archéologique le plus vaste de toute la région. Le somptueux mobilier funéraire de style hellénistique découvert dans certaines tombes des nécropoles de Thaj ou de Ayn Jawan, montre que cette réputation de fabuleuse richesse était en partie fondée.

La nécropole de Thaj

Dans la nécropole de Thaj, on a découvert la tombe quasi intacte d’une fillette. Le mobilier funéraire de style hellénistique était d’une extraordinaire richesse. La petite fille reposait sur un lit d’apparat dont les pieds étaient formés par quatre statuettes de femmes drapées, elle était parée de bijoux somptueux, un masque d’or couvrait son visage, et un gantelet d’or gainait l’un de ses bras. Sous le corps, on découvrit trois grands vases en métal, formant une seule masse corrodée, et, à droite de la tête, un petit gobelet en métal sans couvercle.
Les représentations de Zeus et d’Artémis, mais aussi d’autres motifs décoratifs, indiquent que cette sépulture date d’environ deux mille ans. À cette époque, l’Arabie était reliée au monde méditerranéen par de grandes routes commerciales. L’encens du sud de l’Arabie transitait par ces routes, dont une passait par Thâj. Ce commerce prospère est probablement à l’origine de la richesse qui a permis de déposer des objets aussi somptueux dans cette tombe.



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L’Arabie du Nord-ouest, le Hijaz

Hijaz

Les échanges trans-arabiques s’intensifient à partir du début du 1er millénaire avant J.-C., avec l’essor du commerce de l’encens. Des royaumes prospères se développent, centrés sur les grandes oasis, indispensables relais sur le chemin des caravanes qui remontaient du sud de la péninsule arabique vers la Mésopotamie, les côtes levantines ou l’Egypte. Les profits générés par ce trafic étaient la principale source de leur prospérité mais ces oasis étaient aussi des centres agricoles riches de milliers de palmiers, de jardins, de vergers irrigués grâce à l’abondance des eaux souterraines.

Tayma

Des populations sédentaires s’installent très tôt dans l’oasis de Tayma et dès la fin du IIIè millénaire, la cité s’entoure d’un rempart. Profitant d’une position stratégique au carrefour des routes reliant le Golfe à la mer Rouge et le sud de la péninsule à la côte méditerranéenne, Tayma est, au début du Ier millénaire av. J.-C., au cœur d’un actif réseau d’échanges et rivalise avec Dédân, située dans l’oasis de al-Ula plus au sud L’un des épisodes les plus marquants de son histoire est le séjour d’une dizaine d’années qu’y fit Nabonide (VIès. Av. J.-C.) le dernier roi de Babylone. Plusieurs monuments et des stèles inscrites en araméen datent de l’époque perse achéménide, puis les rois de Lihyan s’imposent à Tayma qui perd son indépendance. L’oasis fera ensuite partie de la sphère d’influence nabatéenne.
Les monuments qu’elle a livrés témoignent d’une culture originale ouverte aux influences égyptiennes, levantines et mésopotamiennes.

L'oasis de al-'Ula et les royaumes de Dédân et de Lihyân

Près d'un millier d’inscriptions ont été répertoriées dans l’oasis de al-Ula. Elles mentionnent, vers le VIIe s. av. J.-C., un « roi de Dédân » puis plus tard, aux époques perse et hellénistique, elles révèlent le nom d’une dizaine de souverains qui portent désormais le nom de leur tribu et se disent « roi de Lihyân ». Leurs statues, parfois de taille colossale, ont été découvertes dans le sanctuaire de Kuraybah, site de l’antique Dédân, la capitale du royaume. À partir du Ve s. av. J.-C. et pendant plusieurs siècles, le royaume de Lihyân , où est installée une importante communauté minéenne, va jouer un rôle prépondérant dans le commerce caravanier et il est possible qu’il ait dominé un territoire plus vaste que l'oasis, englobant peut-être Taymâ.

Hégra (Madâ'in Salih)

Au pied des contreforts orientaux du Hijâz, le site d’ Hégra ( Madâ’in Salih) s’étend sur plus de 1500 hectares dans une large vallée ponctuée de petits massifs en grès sculptés par l’érosion.. Les Nabatéens qui s’y installèrent autour du 1er siècle av. J.-C, en firent un relais important sur la piste caravanière reliant l’Arabie du sud à la Méditerranée. Hégra connut son apogée au 1er s. ap. J.-C, date de l’époque des grands tombeaux, et sera occupée jusqu’au. 6e siècle. Après l’annexion du royaume de Nabatène par l’empereur romain Trajan en 106 av J.-C., la cité devint un poste avancé de l’empire, aux confins méridionaux de la nouvelle province d’Arabie. L’exploration systématique du site, qui a débuté en 2001 et se poursuit sous la direction d’une équipe franco-saoudienne, a mis en évidence quatre grands ensembles : un secteur de nécropoles composées tombeaux rupestres monumentaux et de tombes plus ordinaires, une zone résidentielle au centre du site, des installations religieuses dans le massif du Jabal Itlib, et enfin au nord et au sud-ouest les fermes et les champs cultivés de l’oasis.




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Les caravanes de l’encens

Intensification des échanges commerciaux

Le début du 1er millénaire av. J.-C. est marqué par l’intensification des échanges à longue distance à travers la péninsule arabique. Le commerce de l’encens et de la myrrhe prend son essor à cette époque, favorisé par l’adoption du dromadaire comme animal de bât, bien plus endurant et rapide que les ânes ou les petits équidés que l’on utilisait auparavant pour le transport des marchandises
Ce sont désormais des caravanes composées de plusieurs centaines de dromadaires qui cheminent sur les pistes interminables reliant le sud de la péninsule, zone de production des précieux aromates, aux marchés de Mésopotamie, de la côte levantine ou de l’Egypte où ils sont de plus en plus recherchés. Les fumigations d’encens sont devenues indispensables à toute cérémonie religieuse et ces résines odoriférantes entrent aussi dans la fabrication de cosmétiques, de parfums ou de produits médicinaux.

Importance des grandes oasis

La route occidentale qui aboutit à Gaza est l’une des plus fréquentées par les caravanes de l’encens mais il existe bien d’autres itinéraires à travers la péninsule.
Les grandes oasis sont des étapes obligées jalonnant le parcours ; elles sont devenues au fil du temps des villes importantes, capitales de royaumes prospères, et des places marchandes actives. Commerçants et caravaniers y trouvent de l’eau, du ravitaillement, du fourrage pour les animaux, mais ils doivent aussi y acquitter de substantielles taxes pour obtenir droit de passage et protection.

L'organisation du commerce, un enjeu politique capital

La mainmise sur l’organisation de ce trafic commercial, l’un des plus lucratifs du monde proche oriental préislamique, fut un enjeu politique capital. Les Sabéens eurent d’abord la prééminence mais dans le courant du VIe s. av. J.-C. les habitants du royaume de Ma’ïn prirent le relais et essaimèrent leurs comptoirs tout au long de la route de l’encens.
A partir du 1er siècle av. J.-C. ce sont les Nabatéens, installés à Hégra ( Madâ’in Sâlîh) qui devinrent les maîtres de ce commerce. Mais autour du 1er siècle de l’ère chrétienne le volume des échanges commença à décliner car la voie maritime par la mer Rouge supplantait progressivement les routes terrestres à travers la péninsule.


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L’Arabie du Sud-ouest

Qaryat-al Faw

Sur les franges nord-ouest du Rub-al Khali, le « désert des déserts », Qaryat contrôlait la piste menant du sud de l’Arabie vers le Golfe. Comptoir commercial du royaume marchand des Minéens, au IIIe et IIe siècle avant J.-C., elle devient au début du IIIe siècle, la capitale du puissant royaume de Kinda. Les fouilles conduites par l’Université du Roi Saoud, dès la création du département d’archéologie, dans les années 1960, ont dégagé les vestiges d’une ville de grandes dimensions, une nécropole et un quartier des affaires avec son caravansérail et ses sanctuaires. La qualité de l’architecture et du matériel mis au jour, témoignent de la prospérité de la cité qui appartenait à la sphère culturelle sud-arabique, mais dont l’élite des habitants adopta à partir du tournant de notre ère, une culture largement influencée par les modes hellénistiques. La ville fut abandonnée avant la fin de l’Antiquité peut-être à cause du tarissement des puits.

Najran

La richesse agricole de l’oasis et sa situation au carrefour des routes caravanières ont fait de Najrân un centre politique et commercial important. Dès 700 av J.-C. elle est mêlée aux luttes qui agitent le sud de la péninsule (Yemen actuel), convoitée par les Sabéens, puis tributaire du royaume de Mâ’in, elle passe sous le contrôle des Abyssins avant d’être reconquise par les Sabéens vers 250 av J.-C. Le christianisme s’est implanté dans l’oasis vers le Vès, mais vers 523, le roi yéménite Yûsuf, qui se réclame du judaïsme, massacre la communauté chrétienne. Ces évènements entraînent l’intervention du souverain éthiopien qui parvient à s’emparer du Yemen.
Najrân est aussi un centre intellectuel important, l'une des rares villes avec Yathrib (Médine) à avoir des écoles. Le fameux poète itinérant Maymûn b. Qays al-A‘shâ (c. 570-c. 629) aimait à s'y rendre tous les ans.









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Période islamique - Apparition de l'islam

Naissance au coeur du Hijâz

L’islam nait au cœur du Hijâz, dans la cité caravanière de La Mecque, au début du VIIe siècle, lorsque le Prophète Muhammad commence à recevoir la révélation divine, mise en forme par la suite dans le Coran. En proie à l’hostilité des riches marchands dirigeant La Mecque, il quitte la ville avec ses premiers compagnons pour aller s’installer à Médine (Yathrib), en 622. Cette date marque le début de l’ère musulmane (hégire). A partir de cette première communauté de Médine, Muhammad va progressivement rallier l’ensemble de la péninsule.

Après la mort de Muhammad

Après sa mort en 632, ses successeurs, les califes, vont pousser plus loin les expéditions et parvenir à conquérir, en quelques années, les immenses territoires des empires byzantin et sassanide.
En 661, une première dynastie s’installe – les Omeyyades – qui déplace le centre de l’empire en Syrie. Dès lors, la péninsule arabique restera à l’écart du pouvoir. La région du Hijâz demeure néanmoins un lieu d’échanges et de brassage, de par sa position géographique le long de la mer Rouge et surtout du fait de l’attraction suscitée par les villes saintes de La Mecque et de Médine.


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Les routes de pèlerinage

La Mecque, Médine, lieux de pèlerinage

Le pèlerinage annuel au sanctuaire de La Mecque, qui abrite le temple de la Ka‘ba, d’origine pré-islamique, figure parmi les rites obligatoires de l’islam. Il fait affluer vers le Hijâz une foule de pélerins venus de l’ensemble du monde musulman, qui en profitent souvent pour visiter le tombeau du prophète Muhammad à Médine.
Les routes commerciales qui traversent la péninsule, mises en place dans l’Antiquité, deviennent des itinéraires empruntés par les caravanes de pèlerins. Ces routes sont développées, entretenues, dotées en étapes et points d’eau par les souverains et de hauts dignitaires.
Les califes abbassides notamment, qui succèdent aux Omeyyades à partir de 750 et déplacent leur capitale en Iraq, aménagent la route reliant cette région à La Mecque, le darb Zubayda : la « route de Zubayda », du nom de l’épouse du fameux calife Hârûn al-Râchid, qui dote généreusement cet itinéraire à l’orée du IXe siècle. Il existe par ailleurs des routes terrestres syriennes, égyptiennes et yéménites, à côté des voies maritimes qui font la prospérité des ports de la mer Rouge.
L’affluence des caravanes sur ce réseau entraîne un développement de l’urbanisation et du peuplement des territoires traversés et favorise fortement les échanges entre la Péninsule et les diverses provinces du monde islamique, tout au long de la période médiévale. Ces routes sont empruntées jusqu’au XXe siècle et l’avènement des transports modernes.

Al-Rabadha


Al-Rabadha était l’une des principales étapes le long de la route iraquienne menant à La Mecque. Elle est située à 200 km à l’est de Médine, dans une région minière. Mentionnée par de nombreux historiens et géographes, elle prend son essor dès le milieu du VIIe siècle et connait une période d’apogée au IXe siècle. Elle est abandonnée au cours du siècle suivant, suite à un changement d’itinéraire lié à des problèmes de sécurité.
Les fouilles archéologiques, menées à partir de 1979, ont permis de dégager plusieurs zones sur une superficie d’environ 850 x 500 m. Parmi les structures mises au jour figurent : un vaste bâtiment où a été dégagé un four de verrier ; des zones d’habitations et d’ateliers ou de marchés ; deux mosquées ; des réservoirs et des puits, ainsi qu’un cimetière à l’ouest. Les structures, d’allure fortifiée, présentent des murs épais, bâtis en briques crues sur des fondations de pierre, généralement recouverts à l’intérieur d’enduits de plâtres peints.
Le matériel issu des fouilles d’al-Rabadha peut être rapproché de celui trouvé sur des sites majeurs du Moyen-Orient comme Samarra, Suse et Sîrâf, qui ont permis de caractériser les productions du début de la période islamique. Il atteste l’importation dans la péninsule de certains types de céramiques iraquiennes, comme les «faïences » à décor de cobalt ou de reflets métalliques (lustre), amenées par les marchands et les pèlerins.

Al-Mâbiyât


Le site d’al-Mâbiyât, situé le long de la route syrienne, non loin du site antique d’al-‘Ula, a fait également l’objet de fouilles récentes. Il est aujourd’hui identifié comme la ville de Qurh, mentionnée par les sources arabes anciennes comme l’une des principales cités de la péninsule. Sa phase de prospérité, attestée par les fouilles, se situe autour des IX-Xe/XIIe siècles ; elle fut ensuite abandonnée.
Le site principal s’étend sur une surface de 800 x 800 m, entouré d’une enceinte en brique crue et dominé par une citadelle. La ville était en outre pourvue d’une mosquée et d’un grand bassin-réservoir, implanté en dehors de l’enceinte.
Des éléments de décor architectural (carreaux à décor moulé végétal et géométrique), ainsi que des objets en métal, en verre, en pierre tendre et en céramique ont été exhumés. Des céramiques à décor de glaçure locales et importées témoignent des influences culturelles et techniques présentes au Hijâz, illustrés notamment par l’importation de céramique et de verre à décor de lustre monochrome, attribuables à la fin du Xe siècle.




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Les lieux saints

Les stèles funéraires de La Mecque

Parmi les nombreux documents épigraphiques, notamment funéraires, préservés au Royaume d’Arabie saoudite, se distingue le vaste ensemble de stèles – plusieurs centaines – provenant du cimetière d’al-Ma‘lâ, autrefois situé au nord de La Mecque. Ce cimetière, qui recelait des tombes de personnages illustres devint un lieu de visite associé au pèlerinage. Datables entre le IXe et le XVIe siècle, les stèles funéraires d’al-Ma‘lâ offrent un panorama de l’évolution et de la diversité des styles d’écriture arabe, depuis les écritures dites angulaires ou kufiques des premiers siècles jusqu’aux développements d’écritures au tracé plus souple, dites cursives, à partir du XIIe siècle. L’écriture arabe a très tôt fait l’objet de recherches esthétiques et normatives, notamment dans les manuscrits coraniques, et est devenue un élément prédominant du vocabulaire décoratif en terres d’islam.
Le contenu des stèles lui-même constitue un témoignage précieux sur la société mecquoise, sur le brassage de population et de culture qui s’opérait autour du premier sanctuaire de l’islam, sur le monde des vivants autant que sur l’attitude face à la mort.
Les épitaphes nous livrent l’identité des défunts – leur nom, leur appartenance à une région, une tribu, une lignée, leur métier parfois – et assez souvent la date de leur décès. Elles comportent en outre des formules pieuses, des citations coraniques et, plus rarement, une invite au passant ou un passage poétique. Certains artisans lapicides ont signé leurs œuvres, notamment les membres d’une lignée active autour de 1200, les Abî Haramî al-Makkî, travaillant pour les élites locales. Des extraits de ces épitaphes figurent le long de la cimaise.

Les Lieux Saints, cœur du monde islamique

Depuis les débuts de l’Islam, la péninsule est toute entière tournée vers les lieux saints de La Mecque et de Médine, qui deviennent rapidement un enjeu de pouvoir, et où se trouvent mêlés la société locale, l’autorité lointaine des souverains et, à travers les pèlerins, l’ensemble du monde islamique.
Diverses dynasties ont cherché à asseoir leur emprise sur les lieux saints, ou au moins à y apposer leur marque, dans un but de prestige ou pour renforcer leur légitimité. L’Egypte a joué un rôle particulier, dès le Xe siècle au moins, en fournissant les denrées alimentaires qui faisaient défaut à l’Arabie, mais aussi les riches tentures destinées à la Ka‘ba. Les sultans mamluks, maîtres de l’Egypte et de la Syrie entre 1250 et 1517, contrôlent également le Hijâz et instaurent un cérémoniel autour du pèlerinage qui sera repris par leurs successeurs dans la région, les Ottomans.
Les Mamluks et les Ottomans, à la suite des califes omeyyades, abbassides et fatimides, ont veillé à entretenir, reconstruire et embellir les lieux saints. Parmi les dons prestigieux offerts figurent les clefs et serrures des portes des sanctuaires, le mobilier d’éclairage (lustres, chandeliers), les tentures de soie, mais aussi des meubles à coran, des manuscrits, des brûle-parfums…
La révérence témoignée aux sanctuaires s’exprime à travers la vogue de leurs représentations, dont les premiers exemples remontent aux XIIe-XIIIe siècle, mais qui se développe à la période ottomane. Les lieux saints, interdits aux non-musulmans, aiguillonnent la curiosité des occidentaux, dont certains, comme Ali Bey el-Abbassi ou Richard Burton, parviendront à y pénétrer au XIXe siècle et à en rapporter de précieuses descriptions.



Arrivée à La Mecque

Pélerins autour de la porte de la Kaaba

Porte de la Kaaba

Serrure de la maison du Prophète 


Inscription au nom de Soliman

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Bibliographie - Les Routes d'Arabie

Ce dossier a été réalisé à partir des textes des panneaux de l'exposition et des publications autour de l'exposition "Routes d'Arabie - Archéologie et histoire du royaume d'Arabie saoudite" (musée du Louvre du 14 juillet au 27 septembre 2010) citées ci-après :

- Routes d'Arabie, Archéologie et histoire du royaume d'Arabie Saoudite, catalogue de l'expostion sous la direction de Ali Ibrahim Al-Ghabban, Béatrice André-Salvini, Françoise Demange, Carine Juvin et Marianne Cotty- Paris, musée du Louvre 2010 - Editions du Musée du Louvre / Somogy 2010

- Béatrice André-Salvini, Françoise Demange, Carine Juvin et Marianne Cotty, Routes d’Arabie, Archéologie et histoire du royaume d'Arabie Saoudite, album de l'exposition - Editions du Musée du Louvre/ Somogy 2010

- Françoise Demange et Carine Juvin, "Routes d’Arabie, découvertes et trésors", Grande Galerie n°12 - 2010



Musée national à Riyadh

Cette exposition à Paris est le deuxième jalon de la collaboration culturelle commencée en 2004, et dont le premier a été l'exposition en 2006 à Riyadh des "Chefs-d'oeuvre de la collection des arts de l'islam du Louvre". A cette époque le roi Abdallah et le Président Jacques Chirac ont participé à l'inauguration. Le Louvre bénéficie de dons de la famille royale saoudienne pour la construction de nouvelles salles du département des arts de l'Islam, notamment de 17 millions d'Euros du Prince Al-Walid ben Talal.

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